Discours inaugural du gouverneur Michel André - 25 mars 2017

Saturday, 22 April 2017

Après le séminaire des Gouverneurs élus à San Diego, je retiens essentiellement ceci : il en est du Rotary comme d’un ordinateur dans les mains d’un non-spécialiste : nous n’en utilisons qu’à peine 10% des ressources.

Nous connaissons mal le Rotary, essentiellement parce que nous nous confinons dans nos clubs sans connaître les incroyables opportunités qu’offrent les Zones, le District, la Fondation et les diverses Commissions en tous genres.

 

Mais je suis également revenu de San Diego porteur du thème annuel du Président International : « Making a Difference ».

Les responsables francophones du Rotary International en ont fait une traduction surprenante en « Impact réel » car selon certains « Faire la Différence » rappelait une polémique politique entre les Présidents Sarkozy et Hollande.

Sur ma suggestion, le comité stratégique a opté pour maintenir la version anglaise dans l’ensemble du district pour raison d’homogénéité et parce qu’il nous semble en outre que même les moins compétents en langue anglaise sont à même de comprendre « Making a Difference ».

 

Mais comment faire cette différence ?

En étant concrets.

 

Concrets dans nos actions.

Concrets dans la défense de nos idées.

 

Pour faire connaître l’impact du Rotary dans le monde, le Président international demande que chaque club transmette en fin d’année à son district le montant de l’aide financière qu’il apporte à ses différents projets ainsi que le nombre d’heures de travail bénévole effectué pour les fundraisings.

Il souhaite ainsi pouvoir annoncer au niveau mondial toutes les actions concrètes et leurs résultats pour démontrer que le Rotary au travers de ses clubs fait la différence entre « discours » et « action ».

 

J’insiste au niveau de notre district pour que chaque club consente à cet exercice et ne se retranche pas derrière le sempiternel argument de l’autonomie des clubs.

Ne confondons pas « autonomie des clubs » et « repli sur soi ».

Si le Rotary reste à ce point méconnu aujourd’hui dans le grand public c’est essentiellement parce que nous manquons de communication structurée et globale.

Si incontestablement les clubs Rotary font de grandes choses, ils le font de manière par trop confidentielle et créent eux-mêmes les obstacles dans le recrutement de nouveaux membres ou dans la collaboration avec les pouvoirs publics.

 

 

Pour apporter son soutien à l’écologie et soucieux de réalisations concrètes, notre Président international suggère que chaque club dans le monde plante autant d’arbres qu’il a de membres.

Et que pour éviter toute anarchie en la matière, les clubs –  soit seuls, soit via leur zone ou leur district – plantent leurs arbres avec les autorités publiques.

Le Rotary pourrait ainsi créer des parcs, des espaces verts, participer à du reboisement.

Si chaque Club respecte ce souhait à travers le monde, ce seront 1.200.000 arbres plantés avant le 30 juin 2018.

 

C’est un défi que nos clubs sont capables de relever et je vous en fais donc la demande concrète au nom du Président international.

 

Nos clubs travaillent, c’est certain mais ne le font pas suffisamment savoir.

Je sens toutefois chez certains un réel découragement suite à la difficulté de faire bouger les choses.

C’est malheureusement un cercle vicieux.

Parlant peu de nos réalisations, nous ne sommes pas connus – ou mal connus – et dès lors nous attirons peu de membres.

Attirant peu de membres, nos clubs vieillissent et sont moins dynamiques.

 

Ne tombons néanmoins pas dans l’angélisme.

Même en augmentant nos effectifs, la tâche restera dure et les Présidents de clubs auront encore des moments de découragement.

Nous savons tous que même dans les clubs les plus dynamiques, nous sommes impitoyablement soumis à la règle des trois tiers : un tiers de nos membres travaille spontanément ; un tiers travaille si on le lui demande ; un tiers ne fait rien et se donne de bonnes raisons pour ne rien faire.

Je soupçonne d’ailleurs grandement les Clubs qui se refusent encore à accepter des dames d’avoir une réelle crainte de se rendre rapidement compte que le tiers qui travaille comporterait surtout des dames et le tiers qui ne fait rien majoritairement des hommes.

 

Au plus fort de la Question Royale, le Prince Régent a dit un jour : « Quand on a de grandes ambitions, elles se brisent sur les médiocres ».

Et c’est malheureusement souvent exact.

Or, les grandes ambitions, le Rotary les a : contribuer à la paix dans le monde, éradiquer la polio dans le monde sont incontestablement de grandes ambitions.

Nous ne pouvons donc les laisser briser par des médiocres.

C’est pourquoi j’insiste au niveau du district comme le Président international l’a fait à San Diego : privilégiez la qualité à la quantité quand vous faites de nouveaux membres.

Car le Rotary a des valeurs et ces valeurs sont à défendre ; il nous faut donc des membres de qualité prêts à les défendre.

 

Et j’en arrive ainsi au thème personnel que je souhaite développer au niveau du district.

 

Remettre à l’honneur dans tous les clubs du district le respect de nos valeurs et le respect de l’éthique.

 

Je crois que c’est plus que jamais l’heure du Rotary, justement parce qu’il défend des valeurs.

 

J’ai tenu à vous faire entendre « Vies monotones » de Gérard Manset, chanté par les Petits Chanteurs de Saint Marc.

Cette chanson est musicalement très jolie mais n’en est pas moins pathétique au niveau des paroles. Y compris au sein du Rotaract, notre jeunesse s’inquiète de l’évolution de la société et peu d’adultes en sont conscients.

« Rien dans le cœur, rien dans la main » « Personne ne nous dit plus rien » nous dit la première soliste.

 

Qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse, une chose est certaine ; les religions – et singulièrement les religions chrétiennes – et les valeurs qu’elles génèrent ont lentement mais sûrement quitté le domaine public pour la sphère privée.

On peut considérer que certaines de ces valeurs étaient complètement dépassées mais en avons-nous pour autant découvert d’autres et lesquelles transmettons-nous à nos enfants ?

 

Sous le fallacieux prétexte de respecter toutes les opinions, nous taisons les nôtres et nous laissons le champ libre à de soi-disant idéologues qui transmettent leurs soi-disant valeurs à notre jeunesse trop livrée à elle-même.

« Des portes lourdes et blindées que n'ouvriront plus jamais personne » nous ont chanté les jeunes ; est-ce là l’image de la société que nous comptons leur offrir ?

 

Car le Rotary a des valeurs et de nobles valeurs.

Le respect de l’éthique professionnelle, de l’éthique de vie, de la probité dans les affaires ; notre idéal de paix ; notre engagement dans les grands drames de l’humanité ; notre tolérance – nos clubs sont composés de croyants et d’incroyants, engagés politiques dans divers partis ; engagés dans des mouvements citoyens – ; le critère des quatre questions qui guide nos grandes décisions.

Ces valeurs ne méritent-elles pas d’être clamées haut et fort ? Ne peuvent-elles être montrées en exemple de vie auprès des jeunes générations ?

 

Allons-nous laisser le champ libre à ces soi-disant prêcheurs qui incapables de donner aux jeunes un sens à leur vie tentent de donner un soi-disant sens à leur mort en semant autour d’eux misère et désolation ?

Est-ce là le monde que nous voulons demain pour nos enfants ?

 

Ne nous méprenons pas : lorsque les jeunes nous chantent : « Y a plus qu'à tirer la nappe à soi, continuer chacun pour soi », ce n’est pas un souhait mais une résignation.

Certains cherchent des modèles et des guides.

« L’océan de pauvreté » dénoncé par la seconde soliste est bien évidemment un océan de pauvreté morale que nous nous devons de combattre.

 

Le Rotary est à même de répondre à toutes ces carences.

C’est un devoir pour nous.

« Comme on n’attend rien de personne, on n’a plus de réponse à rien » nous chantent les jeunes.

Et si le Rotary était justement celui qui tente d’apporter des réponses à ce manque d’idéal qui semble frapper nos sociétés ?

 

Portons nos valeurs, proclamons-les.

C’est en proclamant ces valeurs que nous attirerons des jeunes membres soucieux de donner un sens à leur vie ; que nous serons un exemple dans cette société déboussolée ; que nous démontrerons que les Hommes peuvent se retrouver dans de grands idéaux communs au-dessus des différences philosophiques, religieuses, culturelles, linguistiques ou même politiques.

 

Mais pour arriver à cela, Chères Amies, Chers Amis, nous devons apprendre à nous ouvrir aux autres.

Un club autonome n’est pas un club fermé sur lui-même ne devant rendre compte à personne.

C’est un club qui mène ses propres actions dans son environnement immédiat mais en prêtant main forte à d’autres projets plus vastes ; qui anime ses réunions en fonction du ressenti de ses membres mais qui participe aux manifestations de sa Zone, de son District, du Rotary International.

 

 

La base du Rotary est constituée de clubs qui correspondent au vécu d’une population locale.

La force du Rotary réside dans la collaboration interclubs dans les districts et la collaboration interdistricts au niveau mondial.

 

C’est pourquoi je vous encourage grandement à collaborer entre clubs et avec les commissions du district.

La zone n’est pas un satellite perdu entre la Terre et la Lune.

Le district n’est pas une planète voyageant entre Mars et Venus.

Ce sont les clubs qui constituent les zones et le district ; les zones et le district vous appartiennent.

Ce sont des outils dont il faut vous servir.

 

Et aux esprits chagrins qui hésiteront à entrer dans toute cette démarche sous le prétexte que cela demandera beaucoup d’énergie pour un résultat peut-être décevant, je répondrai par une pensée de Confucius : « il vaut mieux allumer une seule et minuscule chandelle que de maudire l’obscurité ».

 

Voilà, Chères Amies, Chers Amis, le triple défi que je nous lance :

 

  • communiquer, pour les faire connaître mondialement, les fruits de nos actions en montants financiers et en heures de travail bénévole ;
  • planter un arbre par membre dans des espaces publics de manière concertée avec les pouvoirs publics ;
  • réaffirmer haut et fort nos valeurs et les faire appliquer dans nos clubs.

 

Si nous respectons ce triple engagement, alors … alors nous pourrons dire « mission accomplie » et nous aurons fait effectuer un grand pas en avant à notre Rotary International en faisant la différence entre discours et actes concrets.

 

Je nous en sais capables et c’est donc en toute confiance que je vous donne rendez-vous en juin 2018 pour tirer le bilan de cette année rotarienne 2017-2018 qui je n’en doute pas sera une année de succès grâce à vous.

 

Je vous remercie de votre attention.